« novembre 2002 | Accueil | février 2003 »

La Mer qu'on voit danser ....

Lundi 20 janvier, en avance sur l'astrologie, BIZI ONA s'était réuni sous le signe du poisson au Lycée Hôtelier de Biarritz, hôte qui s'était déjà distingué en décembre, en accueillant la conférence de Christian Recchia, grand maître ès nourritures. Et comme par hasard, le docteur était là, mais en tant qu'auditeur cette fois.


La Mer qu'on voit danser…

Qui dit poisson, dit mer, vaste sujet. A la tribune, que des experts ou des praticiens. Henri Pivert, armateur, Président des Pécheurs de mer ; Dominique Mahaut, marin-pêcheur et Président des 70 pêcheurs de l'Adour ; Didier Mundoteguy, directeur du Port de pêche de Saint-Jean de Luz-Ciboure  et Marcel Mugica, responsable de la criée ; Nicolas Lacroix, représentant la pisciculture de Banca ; les scientifiques enfin, mais pas les moindres, Françoise Pautrizel, directrice du Musée de la Mer et Philippe Gaudin, attaché à l'INRA.

Nous en avons appris un peu au fil de ce débat, sur la mer, sur la pêche, sur le poisson.

Sur la mer d'abord, car ne nous voilons plus la face : la planète s'est bel et bien réchauffée, contraignant la majeure partie des espèces dont nous sommes friands à migrer plus au nord en eau froides. Et si la ressource s'est appauvrie dans notre Golfe clair (clair encore pour l'heure), c'est davantage pour cette raison (aux dires des pêcheurs) que pour celle de la sur-pêche.

Débat

Conséquence brutale sur nos âmes innocentes : les petits bateaux qui inspirent nos peintres cibouriens ne sont plus de taille à pêcher en base avancée sur l'ouest Irlande et l'ouest Ecosse. Tout au plus pêchent-ils de façon très mesurée (à la journée) le merlu de ligne dans la fosse de Capbreton. C'est de l'artisanat. La Pêche avec un grand P n'appartiendrait-elle plus qu'aux grandes unités de 25 à 35 mètres qui déchargent régulièrement leurs cargaisons de frais en Irlande ou en Ecosse, afin qu'elles puissent être rapatriées aux criées de France ?

Conséquence sur notre innocence : le frais ainsi véhiculé peut avoir quinze jours, voire davantage. Grosse surprise de l'assistance. Réponse des pêcheurs : il n'y a pas de mal. On sait très bien aujourd'hui « travailler » le poisson. Et travailler veut dire éviscérer sur le champ et mettre au froid dans des installations embarquées adéquates.

Conséquence sur notre réflexion : le poisson est-il utile à l'homme et le métier de pêcheur a-t-il de l'avenir ? C'est Dominic Lagadec (Txopinondo) qui a posé cette double question.

A la première, Christian Recchia a répondu oui avec la conviction quasi passionnelle qui est la sienne, en disciple fervent du Professeur Cabrol. Eloge du poisson gras (sardine, saumon), dithyrambe du poisson en général dont une consommation de 300g par semaine réduirait selon lui de moitié le risque d'infarctus.

Pour répondre à la seconde question, les pêcheurs ont été plus nuancés. On les comprend. Le métier ne va pas fort. En mer, Henri Pivert, l'armateur, ne peut pas douter de la pérennité de la profession. Quoique…La flotte des petits et la ressource se réduisant comme peau de chagrin, il y ait de quoi s'interroger. Réchauffement de la planète, d'accord, mais avoue-t-on calmement, sincèrement, objectivement qu'il y ait eu sur-pêche ? Dans l'Adour, Dominique Mahaut ne peut pas en douter non plus au nom des 70 pêcheurs qu'il représente. Toutefois, il reconnaît qu'il n'y a plus de poisson dans l'estuaire et surtout en amont. La faute au pillage des gravières (qui étaient des frayères d'aloses) « organisé » pour la construction des autoroutes A63 et A64. Très lourd dossier, selon lui. La faute à la multiplication des barrages qui jouent à sens unique en faveur des anguilles. La faute à une pollution qui est cependant en très nette régression, du fait d'une amélioration sensible des épurations. Il y a 40 ans, c'était vraiment un égout recueillant les effluents de toutes sortes, sauf que nous ne surconsommions pas encore de poudres hyper phosphatées qui lavent plus blanc que blanc. Et la Mère Denis n'était pas encore au Top 50. Mais deux chiffres parlent : 50 tonnes d'aloses en 1985 et 3 tonnes aujourd'hui

Epilogue

Pas clair tout ça. Nous croyons savoir qu'un nouveau débat devrait avoir lieu.

Bien plus optimiste était Nicolas Lacroix, parlant au nom de la pisciculture de Banca. La truite se porte bien dans la Nive des Aldudes. L'onde y est pure. Schubert aurait aimé cette qualité artisanale, réglée sur la foi d'un cahier des charges « Truite du pays basque » et sur la mention personnelle « Truite de Banca ». Elle est nourrie pendant 18 à 20 mois comme nos bons chats et toutous modernes, à la juste portion scientifiquement équilibrée. Ce serait donc de l'industriel raisonné dans l'esprit artisanal, à destination d'un marché de consommateurs exigeants (restaurateurs notamment).

Reste cependant aux nostalgiques que nous sommes, le souvenir émerveillé de la truite au bleu, pêchée à la mouche, juste assommée vive puis plongée aussitôt dans son court-bouillon de vinaigre.

Reste à dire aussi que nous restons sur notre faim.    

juin 2008

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            

Papilles ...

BlogLog

Blog powered by TypePad
Membre depuis 10/2004

Bloc Trafic

  • Référencé par Blogtrafic