Les Vins D'Irouleguy en Pays Basque
Avant de fêter sa première année d'existence, le "Convivium Bizi Ona Slow Food Pays¬Basque" est allé à la rencontre des vignerons de l'Irouléguy pour essayer de mieux comprendre les enjeux économiques de cette magnifique vallée de Basse Navarre et participer à une dégustation commentée de chaque domaine de l'appellation par l'ensemble des producteurs.
Si le mot "migna" désignait la vigne en Pays Basque dès la Haute Antiquité, c'est à l'époque romaine qu'elle se développe. La naissance du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle à partir du X'siècle qui voit transiter des milliers de fidèles par le col d'Ibaneta, de Saint Jean Pied de Port à Roncevaux, sera le facteur déterminant. A cette époque, la vigne et le vin sont porteurs d'une forte valeur symbolique. La vigne, culture qui nécessite beaucoup de soins, s'identifie spontanément à la communauté des élus protégée par le Seigneur, et si le vin procure l'ivresse, sa couleur rouge évoque le sang : c'est un symbole ambivalent, à la fois de vie, mais aussi de sacrifice. N'oublions pas que, jusque vers les années 1300, l'Eucharistie était célébrée sous les deux espèces, le pain et le vin. Pour ces deux raisons et pour assurer un revenu qui permette de financer leurs oeuvres de charité, les ordres monastiques avaient besoin de vignobles propres. Les Abbayes dont la vocation était d'héberger et de soigner les pèlerins servaient alors des milliers de repas, chacun arrosé de vin, considéré comme un aliment réconfortant. Si Saint Benoit reconnaît et accepte que les moines ne puissent se passer de vin, il en limite cependant leur consommation : "Bien que nous lisions que le vin n'est absolument pas l'affaire des moines, mais comme à notre époque on ne peut le persuader aux moines, convenons du moins ceci : que nous ne boirons pas jusqu'à satiété..."
C'est donc par fidélité à la règle de Saint Benoit ... que les membres du "Convivium Bizi Ona" se sont retrouvés à Irouléguy pour découvrir les vins des dignes successeurs du Prieur Don Domingo Etchenique y Sorhouet, premier Maître Vigneron des Prieurés d'Anhaux et d' Irouléguy au début du XIV'siècle, chargés de produire des vins pour le compte de l'Abbaye de Roncevaux construite à trop haute altitude pour que la vigne y mûrisse, alors que, bien abrité des vents océaniques, Irouléguy bénéficie d'un microclimat caractérisé par des automnes d'une rare beauté et l'influence des vents du Sud qui prédominent de septembre à fin octobre. De plus, possédant une structure particulière due à une architecture géologique complexe se démarquant du reste de la chaîne pyrénéenne les terres pentues d'Irouléguy incitèrent les moines à implanter la vigne en terrasses ou banquettes afin de travailler des parcelles de faibles dimensions, souvent très accidentées et dont les pentes, dépassant parfois les cinquante degrés, imposent aux vendangeurs un travail exclusivement manuel.
A chaque intervention des producteurs présents j'allais dire des conteurs, tant certains ont de talent les participants à cette soirée ont découvert la poésie des traditions de la vigne, la beauté du lent, patient et rude combat de l'homme dans ces incessantes tentatives pour domestiquer une nature rebelle qui lui inspire amour et respect, mais aussi l'histoire de personnages surdoués qui ont su ressusciter la variété des cépages d'antan, leur adjoindre des cépages complémentaires, les assembler avec art, contrôler les rendements, ignorer la facilité et retrouver la fierté du terroir et le goût du travail bien fait qu'ils nous ont fait découvrir aux travers des arômes complexes, floraux et délicats, exotiques et typés de chaque domaine.
Le vignoble d'Irouléguy, classé en Appellation d'Origine Contrôlée depuis 1970, est composé de parcelles pentues et majoritairement cultivées en terrasses où les vendanges s'effectuent à la main. Les cépages utilisés sont le Tannat, qui confère couleur et puissance aux rouges et aux rosés, et le Cabernet qui leur apporte finesse et bouquet. Pour les blancs, le Petit et le Gros manseng, alliés au Courbu associent arômes de fruits exotiques et notes florales.
Les vignerons de la Cave Coopérative d'Irouléguy ont fait découvrir
Rouge : Premia Gorri d'Ansa Domaine de Mignaberry Domaine les Terrasses de l'Arradoy et Omenaldy (une note florale, pivoine, une touche de cuir, un équilibre bien réussi, avec de la chair, une finale nette.)
Blanc : Xuri d'Ansa Anderena.
Rosé : Argi d'Ansa Domaine les Terrasses de l'Arradoy.
Les producteurs indépendants ont présenté
Domaine Etxegarraya Rouge (un nez sur le cassis, une bouche charnue, très riche, avec une grande matière, une finale fraîche et épicée, avec une belle allonge.)
Domaine Ilaria Rouge (un nez sur le cassis, avec une bouche riche, un affinage tannique accompli. Finit épicé avec beaucoup de fruit.)
Domaine Abotia Rouge (un nez sur la vanille, avec du fruit noir, une trame veloutée, avec finale complexe, une belle bouche allongée.)
Domaine Brana Rouge (un nez sur le fruit rouge bien mûr, une bouche assez ronde, avec des tanins encore marqués par l'élevage, une trame lisse, une finale sur les épices douces.)
Domaine Brana Blanc.
Domaine Arretxea Rouge (un nez sur le fruit confit, avec des notes riches, épicées, une bouche très structurée, un style plutôt orienté vers la garde avec des tanins bien architecturés.)
Domaine Arretxea Blanc Hexoguri.
Domaine Herri Mina Blanc, propriété de Jean Claude Berrouet, vinifié par Brana (un nez assez riche, avec une bonne vivacité, des notes minérales, du tonus, une finale vive, avec une belle allonge fruitée.)
Une soirée "entre amis" pour apprécier l'intérêt du "SLOW FOOD" : une philosophie du goût, une façon douce d'approcher les produits, un zeste de bio, un gramme de consumérisme, et surtout infiniment de calme et de plaisir
Bernard CARRERE

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