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Bien vivre en basque se dit « Bizi Ona »

SEPTEMBRE 2002

Bizi ona, c’est le nom qu’a choisi le récent convivium du Pays basque qui comme chacun sait se fait une certaine idée du bien vivre.
Comme toujours, l’idée de sa création est venue d’un petit noyau de « résistants » à la poussée du n’importe-quoi, denrée qui prolifère dans les frigos du monde aisé et qu’on disait civilisé jusqu’aux récentes catastrophes majeures, la plus grave étant la perte du goût.
Et puis, soyons clairs, les Pyrénées Atlantiques ont deux pôles distants de 120 km comme chacun sait aussi. Un pôle Est qui magnétise le Béarn chanté par Henri IV et un pôle Ouest non moins magnétique, chanté par Pierre Loti. Pour schématiser grossièrement, les uns ont la garbure et le Jurançon, les autres ont la pipérade et l’Irouleguy, mais les deux font la paire.
En réalité, il était plus facile aux Palois de réunir leurs ouailles autour de Pau et aux Bayonnais de réunir les leurs de Hendaye à l’Adour.

Comme partout, il y avait d’autres foyers épars de résistance, mais c’est le premier qui a parlé qui les a agrégés en une molécule Slow Food qui compte aujourd’hui près de 70 atomes. Bon démarrage ! Tout cela en quelques mois d’approches et de réflexions, ponctuées on s’en doute de petits plaisirs de bouche, « pour la route » et pour le mérite.

Aux actes citoyens !
Le convivium est très vite entré en campagne sur l’idée simple qu’il faut d’abord balayer à sa porte. En effet, les mets-phare du Pays basque, ceux qui font son identité culinaire couraient trop souvent le risque d’être dévoyés dans des imitations, des ersatz, des ratatouilles sous des semblants de pipérade, des hachis Parmentier sous des apparences d’axoa, des galettes sous le masque de gâteaux basques. Croyez-nous, il s’en vend parfois dans des foires lointaines. Il suffit de les marquer d’une croix basque en Lorraine, en Normandie et la messe est dite! Nous ne voulons pas manger de ce pain là, non parce nous sommes des exclusifs, mais parce qu’à l’inverse, nous ne fabriquons ni rillettes du Mans, ni andouille de Vire à Saint-Jean de Luz. Par contre nos amatxi (grand-mères), nous ont enseigné des recettes intangibles qui vont bien avec notre climat, notre sol, notre humeur.
C’est donc sur un programme de mise en ordre, de remise au standard, de respect des traditions que Bizi Ona est entré dans le jeu, s’entourant de professionnels chevronnés.
Le coup d’envoi a été donné le 30 octobre 2002 sur le thème de la pipérade, première visée d’une série de variations. Leur principe est que tout chef garde bien entendu sa propre signature, tout en respectant un modèle unique. Sur la pipérade, chacun s’est accordé à interpréter la mélodie centrale de ce met de tradition qui est la Basquaise, un fond confectionné avec des piments doux dits d’Anglet et non du poivron (qui est précisément l’une des « dérives » en question) et des tomates. Sans entrer dans le détail, s’ajoutent à ce fond des œufs brouillés, généralement cuits dans le gras de jambon. Affaire de préparations séparées, préalablement au mélange délicat et homogène du tout.
En sept interprétations, nous avons réappris ce qu’était la pipérade et sans doute fait un pas collectif vers cette conservation des valeurs culinaires qui font le génie d’un lieu.
Le 28 octobre, c’était au tour de l’axoa de veau (prononcer achoa), une des gloires de la région, de passer à la casserole. En l’occurrence à la moulinette, car c’est un émincé de veau. Un met d’un parfum intense, mitonné avec oignons, piments d’Espelette quand l’axoa est d’Espelette.

Parenthèses

Le 25 novembre, c’était au tour de la palombe de passer à la rôtissoire. Là, point d’atelier, ni de variations entre chefs. Nous avons marqué une pause dans le programme pour sacrifier à ce rite annuel de la palombe rôtie et flambée au capucin. Là, un seul chef, un maître rôtisseur établi dans une ancienne forge transformée en une auberge spécialisée à la saison des palombes. Le capucin ? C’est un outil dans ce cas et un outil plus satanique que divin, à cause du feu. C’est un cône percé de trous (et pourvu d’un long manche) dans lequel on fait fondre du gras de jambon, lequel gras, tel de l’or en fusion, vient fignoler les caramels de cuisson.
Le 16 décembre, nous avons inauguré une série de rencontres au Lycée Hôtelier de Biarritz, la première d’entre elles étant une conférence débat sur la nutrition, animée par le Dr Christian Recchia, nutritionniste.
Pour l’occasion, notre public s’est encore élargi et nous avons eu le sentiment d’entrer dans le vif de la mission de Slow Food qui est de faire connaître aux jeunes générations ce qu’une société a oublié de leur enseigner : la relation étroite entre ce que l’on mange et ce que l’on est ou ce que l’on devient. L’alimentation est la meilleure médecine de l’homme, disait Hippocrate. Christian Recchia ajoute, lui, que savoir manger équilibré est aussi vital (sinon plus) que savoir lire, écrire, compter. La restructuration alimentaire, vaste programme ! Nous tous –non professionnels s’entend- qui croyions « savoir » quelque chose, avons bien été obligés de constater que nous ne savions rien en vérité. Notre divine mécanique est une mécanique de haute précision qui nécessite bien des soins, bien des attentions, bien des précautions. Des tabous, des idées reçues ont volé en éclats. Au diable les poêles mincelettes et légères, la frite, les chips génératrices d’équivalent pétrole, les barres pur sucre qui font les obèses…Mais vive le gras de porc (label), car c’est de l’huile d’olive à 48% ! Et pour peu qu’on mange régulièrement des légumes, on peut chasser le spectre de la balance.
Remise en cause totale des régimes, donc, et de la nutrition sans plaisir, car pour Christian Recchia, se faire plaisir en mangeant est endocrinien. On peut ne pas être d’accord. Humilité et relativisation obligent. Mais on peut retenir que réapprendre la grammaire du savoir manger commence par de l’air et de l’eau, ce qui ne fait de l’ombre à personne et ne peut faire que du bien.
Nous aurons d’autres expériences avec ce lycée, notamment sur le thème du poisson, sujet aussi immense que l’océan et objet menacé, on le sait bien déjà en Galice.

Le noyau Bizi Ona a germé. Les convives ont fait connaissance. Tout un réseau structuré se tisse. Les expériences cumulent leurs effets. Le printemps s’annonce studieux.

Contact : Henri LAPEYRE 06 07 50 12 08 h.lapeyre@wanadoo.fr

Education au Gout

En mai 2003, les responsables de conviviums se réunissent pour la fondation de Slow Food France.

En octobre 2003 , à l’occasion du 1er Salon réalisé par Slow Food, « Aux Origines du Goût « à Montpellier, c’est la première réunion de travail du Comité Education au goût.

Le Comité a fait les constats suivants.

1. Premier constat : nous avons une philosophie commune.

Elle peut être définie brièvement de la manière suivante :
Pas d’approche uniquement hygiéniste, diététique, scientifique, historique, liée aux techniques de production, économique, etc…
L’éducation au goût passe par le plaisir de découvrir, de goûter, de faire. La présence du produit est indispensable.
Slow Food a un rôle d’éveilleur, de formateur, pas de censeur des pratiques alimentaires.


2. Deuxième constat : nos interventions sont très diverses.

Des conviviums, peu nombreux, selon leur réseau relationnel et leurs compétences se sont lancés dans l’éducation au goût.
La diversité est grande :
• Diversité par le public : enfants d’écoles élémentaires, lycéens et même étudiants,
• Diversité par les lieux d’intervention : en classe, au restaurant scolaire, hors établissement ( salon de l’Enfance par exemple ),
• Diversité par les intervenants : bénévoles de convivium ou salarié ( un cas), producteurs, parents d’élèves, grand-mères cuisinières, intervenants d’associations partenaires ( Fédération des Centres Ruraux, en projet : Cap science, Institut des saveurs)
Il peut être difficile de préciser quelquefois le statut de l’intervenant . Par exemple, une petite commune de la Côte d’Azur n’utilise que des produits biologiques locaux dans la cantine scolaire. C’est un élu qui a été à l’origine de ce projet. Il tire sa légitimité de son statut d’élu, même si son action a été déterminée par le fait qu’il est militant bio et membre Slow Food .
(Deux formes opposées d’instrumentalisation de Slow Food peuvent exister :
- Slow Food acquiert indirectement de la visibilité grâce à un membre dans le cadre de ses activités professionnelles ;
- ou l’inverse : un membre de Slow Food, pour réaliser certaines activités professionnelles freinées par des enjeux internes à son secteur d’activités, se prévaut de Slow food.
Les deux formes peuvent exister simultanément.)
• Diversité par les modalités d’intervention : de l’animation/sensibilisation à un apprentissage plus soutenu.
• Diversité par les durées d’intervention : de quelques heures à plusieurs demi-journées.

3. Troisième constat : il est nécessaire d’organiser ce développement, spontané jusqu’à aujourd’hui.

Le Comité propose de centraliser les comptes-rendus, les bilans d’initiatives réalisées dans un centre ressources associé à un forum ouvert aux conviviums.
Les initiatives les plus prometteuses seront valorisées pour favoriser leur dissémination.


4. Quatrième constat : développer l’Education au goût.

Trois choix sont à décider en même temps et non chronologiquement :
• Choix éducatif/pédagogique : se doter ou s’approprier une méthodologie et définir un « label » Slow Food .
Objectif : acquérir de la compétence.

• Choix politique/stratégique : positionner, situer Slow Food
- par rapport aux producteurs et leurs groupements,
- par rapport au réseau institutionnel et associatif ,
- par rapport au public visé.
Et cela au niveau local et national.
Slow Food a un rôle d’assembleur. Il peut être un catalyseur d’énergies.
Il s’agit de rechercher des partenaires pour conduire des projets en maîtrise complète, en mise en œuvre partagée, en accompagnement.
Objectif : acquérir de la visibilité, de la légitimité, de la reconnaissance.

• Choix de la continuité , de la pérennité. : sans financements locaux, nationaux, européens, l’avenir de Slow Food est compromis, selon le vieux proverbe chinois :
« Qui n’avance pas, recule ».
Objectif ; acquérir de l’autonomie financière.


5. Cinquième et dernier constat : être Slow
C’est faire avec plaisir pour les autres et pour soi avec toute notre énergie mais en tenant compte de nos forces.

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