Du biocarburant à la mémoire des peuples, tout se tient...
Cela se passe comme pour un jeu de dominos
: si on fait tomber la première pièce, elle entraîne toutes les
autres.
Les gouvernements des pays industrialisés, Etats-Unis en tête, ne
veulent plus être dépendants du pétrole en provenance d’autres pays.
C’est pourquoi ils ont décidé d’encourager fortement la production
de biocarburants, le plus souvent à travers de vastes programmes
de subventions et à travers des accords internationaux. Par exemple,
les agriculteurs qui cultivent déjà du maïs cherchent à augmenter
leur rendement-hectare par tous les moyens, y compris le recours
aux OGM (qui sera facilité par le fait qu’il ne s’agit pas de cultures
alimentaires), aux pesticides et aux fertilisants chimiques. Ceux
qui, en revanche, n’avaient jamais cultivé de maïs s’y mettront
à leur tour, attirés par ces conditions de cultures, et parfois
au détriment d’autres cultures destinées à l’alimentation.
Le prix du maïs a déjà connu de ce fait une hausse notable, et il
pourrait prochainement atteindre des niveaux record, dans la perspective
d’un marché global. Par ricochet, le prix d’autres céréales telles
que le blé et le riz augmentera également. La Chine, dont les réserves
sont en train de s’épuiser, a déjà commencé à importer ces aliments,
ce qui a totalement bouleversé les équilibres mondiaux et entraîné
de lourdes conséquences au niveau local.
Mais si un jour l’on trouve une autre source d’énergie, des pays
entiers (en particulier les pays en voie de développement, pour
qui cette culture représente un moyen de rembourser leurs dettes)
ne pourront ni vendre leur production destinée au biocarburant,
ni satisfaire à leurs besoins alimentaires faute d’avoir su conserver
leurs cultures vivrières.
Un jour, peut-être, les ressources du terrain auront été épuisées
par ce nouveau type de monoculture intensive.
Un jour peut-être...
En attendant, le mouvement de disparition de la biodiversité végétale
s’accélère : de jour en jour, le monde se nourrit avec de moins
en moins de variétés végétales et cette tendance est renforcée par
l’utilisation des OGM qui nous font miroiter les bienfaits de soi-disant
“super céréales” aux fabuleuses propriétés. Ces OGM nous seront
présentés comme la réponse naturelle pour nourrir le monde lorsque
les cultures «alimentaires» ne suffiront plus.
Nous sommes ainsi en train de perdre le patrimoine qui est naturellement
adapté à nos terres et dont la diversité nous sauverait également
en cas de plaie ou de catastrophe naturelle.
En attendant, en même temps que la capacité des peuples à se nourrir,
nous perdons la mémoire de ce qui nous a alimenté pendant des siècles.
C’est cette mémoire qu’il nous faut absolument retrouver et préserver.
La variété d’igname qui pousse ou poussait si bien au nord du Mali
et dont le goût est si différent de celui des autres régions, dans
quels plats l’utilisait on déjà?
Grand-mère, s’il te plaît, raconte...
Carlo Petrini

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